WELLENS, Serge



Et Dieu?


À présent

il nous donne bien de l'inquiétude

il dort mal

il rêve fort

il se retourne

et l'on entend le monde

craquer de tous ses ressorts


Est-il malade de vermine

de solitude

on dirait qu'il parle mais quoi

Va-t-il se réveiller encore une fois

et faudra-t-il encore une fois

le mettre à mort ?


Insubordination des choses


Ce n'est pas tant ta maladresse

ce sont les choses qui se refusent

et qui t'agressent


le café qui se renverse

le savon qui glisse entre tes doigts

l'horloge qui te ment

le stylo qui fait des taches

la fenêtre qui n'accepte pas

qu'on l'ouvre

ou qu'on la ferme


Et dans la brume de ton miroir fêlé

le vieil homme au regard triste

qui te demande son chemin.


Le vieux entre dans la fable


Dormir à l'ombre d'un noyer rend fou

se répète le vieux qui sait cela depuis l'enfance

et que peut-être la folie

allait lui rendre la jeunesse


Il dort (C'est au pied de l'arbre

qu'on voit le dormeur)


Et c'est merveille qu'entre les feuilles

que le vent brasse

le vide prend la forme d'un oiseau


Et que l'oiseau grandisse

jusqu'à se confondre

avec le ciel immense

Autant dire disparaître.


Sur une tombe


J’habiterai

cette lumière d’après la pluie

qui souffle sur la braise

des coquelicots dans les blés

qui fait chanter les arbres

et courir de joie

les poules d’eau sur la rivière.


Le vent conduira

l’ombre de ma main.

J’écrirai sur le sable

un poème sans fin

pour célébrer la vie.


Toi que le moindre automne


Vieil homme

toi que le moindre automne fait tousser

ne va pas te prendre pour l'arbre

qui se met nu l'hiver

et l'été s'enveloppe

d'un feu qui te brûle les yeux


Méfie-toi de la métaphore

qui te ferait pousser

des branches dans le dos

des racines

entre les orteils

et te couronnerait

d'un couple de corbeaux


Car l'arbre n'a rien à te dire

Peut-être

qu'il te tourne le dos

Peut-être

qu'il te regarde écrire

le poème de l'homme que l'arbre change en arbre

et qu'il est en train

de te prendre au mot .