RODENBACH, Georges
Béguinage flamand II
Cependant quand le soir douloureux est défunt,
La cloche lentement les appelle à complies
Comme si leur prière était le seul parfum
Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !
Tout est doux, tout est calme au milieu de l'enclos ;
Aux offices du soir la cloche les exhorte,
Et chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements de cygne dans l'eau morte.
Elles mettent un voile à longs plis ; le secret
De leur âme s'épanche à la lueur des cierges,
Et, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait
Voir le Seigneur marcher dans un Jardin de Vierges !
Douceur du souvenir
Souvenir! ô douceur d'un amour qui s'achève!
Souvenir! ô douceur d'un songe qui n'est plus!
Rappel triste, en marchant, d'anciens vers qu'on a lus;
Écume de la mer dont s'argente la grève.
L'église a disparu, mais la cloche on l'entend!
Souvenir! ô douceur de la convalescence!
Charme de la sourdine et de la réticence
Qui font paraître au loin le rythme plus chantant.
L'amour fini ressemble à la mélancolie
Du soir; au pied du mont, quand la flore est cueillie,
Il ne faut pas plus loin fatiguer ses genoux,
Ni trop s'époumoner à monter jusqu'au faîte,
Car, après tout, l'amour qui mit notre âme en fête
S'il eût été plus long, aurait été moins doux!